Comme quelques Français de Marrakech se moquent de mon
accent arabe et de la prononciation du gh
, je constate avec beaucoup
d’amusement que le wikipedia de la psychiatre, anthropologue
et écrivaine marocaine Ghita el Khayat indique : altern. translit.
Rita.
Voilà, c’était juste pour commencer ce portrait par une petite
vengeance personnelle. Car en fin de compte, le plus important
dans la vie est de se faire comprendre et de se faire aimer. Ce qui ne
semble pas être le désir de tout le monde. Alors, pour ne pas faire
comme on s’y attend, je n’ai pas donné rendez-vous avec Ghita dans
son cabinet de psychiatrie, trop radin que suis-je, peur de devoir débourser une consultation, j’ai donc décidé de lui donner rendez-
vous dans les sept jardins.
Je ne sais pas si cette caractéristique a
un nom en psychiatrie mais j’ai tendance à ne pas bien évaluer
le temps qu’il me faut pour arriver à un rendez-vous ce qui fait
que je pars toujours plus tôt et que j’arrive toujours à l’heure. Par
contre, je n’ai pas trouvé le septième jardin et je me suis planté,
belle image, dans un champ de blé vert (j’aurais été inquiet s’il eut
été rose). Au loin, je distingue une femme et je pense reconnaître
l’auteure du fabuleux recueil de poèmes L’œil du Paon
(on ne parle
pas ici de la maladie fongique qui affecte les oliviers cultivés), Rita
El Khayat elle-même. En sortant de chez moi ce matin, j’ai eu l’idée
saugrenue – j’avoue - de m’habiller en petite fille avec une robe
de soie blanche et rose, des roses brillantes brodées sur le tissu
et j’avais enserré ma longue et épaisse chevelure par des dizaines
de rubans aux tons grenat, vert émeraude, violine et incarnat.
Entre les blés, je vois des enfants vautrés par terre qui copient des
tableaux d’Andy Warhol. On s’était déjà rencontré à Bruxelles et
de voir Ghita dans ce champ était particulièrement réconfortant.
Elle me dit : Alors, Patrick Lowie, écrivez-vous encore ?
La question
me turlupina un peu, car comme aurait dit Federico Fellini de son
cinéma, que puis-je faire d’autre dans la vie ?
Et elle rajouta en
glissant sa main gauche dans ma chevelure puis prenant ma main
droite : Tu dois aller chez ton Papa.
Comme l’aurait dit l’ami Carl
Gustav Jung : Nous nous rencontrons maintes et maintes fois sous
mille déguisements sur les chemins de la vie.
Évidemment, ne croyez
pas chers lecteurs et chères lectrices de Next (F9) que je sois capable
de me glisser dans les vêtements d’une petite fille même au carnaval,
je devrais essayer sans doute, mais vous ne pouvez pas imaginer
le bonheur de me retrouver dans ce rêve avec l’auteure de Je suis
tombée entre les mains des Français
, candidate au Prix Nobel de
la Paix en 2008. Et quand elle m’a dit : L’âme est dans les yeux et
inversement. Quand le monde s’arrête, je plonge dans le regard de
l’humanité et je peux encore respirer,
je me sentais aux Prix Nobles.
Docteur Rita Ghita El Khayat (née en 1944 à Rabat) est une psychiatre, anthropologue et écrivaine marocaine. Pendant ses études, elle a été active en tant qu'animatrice de télé, artiste de cinéma. En 1999, elle a fondé l'association Aïni Bennaï afin d'élargir la culture au Maroc et au Maghreb. Ses oeuvres portent notamment sur la place de la femme au Maghreb. Elle a également analysé les approches psychiatriques au Maghreb, à la confluence des conceptions et des pratiques scientifiques et religieuses traditionnelles, et de la psychiatrie développée dans les pays occidentaux. Le 15 février 1997, elle perd sa fille unique, et consacre quelques années plus tard un ouvrage à ce drame, Le désenfantement, publié en 2002, pour exorciser sa douleur. Elle est membre du Conseil d’administration du Festival international du Cinéma de Marrakech (FIFM), et du jury, de son lancement en 2001/2002 jusqu'en 2008, puis présidente de la Commission de Fonds d’Aide à la Production cinématographique, en 2011.