Est-ce que c’est grave, docteur ?
ont été les derniers mots de Julien
Tardif avant de lui octroyer un long silence. Je ne savais pas trop
quoi lui répondre. D’abord parce que je ne suis pas docteur, juste
un amoureux et un spécialiste des rêves. Ensuite, parce que son rêve
était digne d’un film hollywoodien. Je voyais bien le protagoniste de ses visions nocturnes et récurrentes, c’est-à-dire lui-même,
interprété par Daniel-Day Lewis qui a déjà joué dans un biopic
remarquable : Lincoln
de Steven Spielberg. A ce propos, je me
demande quand le Maroc va produire des fresques historiques et
écrire des scénarios digne des rêves de Julien Tardif ? Là, en un peu
plus de 100 mots, je vous ai raconté une histoire plutôt intrigante,
n’est-ce pas ? On va remettre tout cela dans le bon ordre. D’abord,
Julien Tardif est né le 23 mars 1982 à Ris-Orangis dans l’Essonne,
il est sociologue de formation, philosophe de cœur, clinicien de
raison, lobbyiste d’intérêt général d’action mais aussi fondateur
et administrateur de IS’POSS (Institut de valorisation des Savoirs,
Pratiques Organisationnelles en action Sociale et de Santé) et
amoureux du Maroc. La joie de l’âme est dans l’action
pourrait être sa devise. Fils de fonctionnaires des PTT, il s’amuse à jouer aux
messagers avec brio. Dès qu’il est entré dans mon cabinet, habillé
en Maréchal de France, comme l’aurait été Hubert Lyautey dont
les moustaches sont à nouveau à la mode, Julien Tardif s’est assis
et a parlé de lui-même en toute franchise et en toute confiance.
Puis d’Emile Mauchamp, de Charles de Foucauld, de Louis Gentil,
d’Edgar Morin,... Je lui ai servi du thé et il m’a dit : Non, Monsieur
Lowie, le thé blanc est récolté à l’aide de gants de soie et de ciseau
d’or, vous ne pouvez pas me le servir comme un vulgaire Nescafé.
Pour obtenir un thé correct, bien infusé, il faut de l’eau bouillante,
pas cette eau à peine tiède comme de la pisse.
Je savais qu’il avait
raison mais le protocole du thé m’avait toujours un peu ennuyé.
Il m’expliqua alors que chacun, individuellement et à son niveau,
pouvait produire un changement en agissant simplement au
quotidien, sans qu’il soit besoin d’être un génie ou un savant, en
s’appuyant sur son expérience et ses propres compétences.
Et sur ça
aussi, rien à dire. Son rêve qu’il me raconta ensuite était étonnant :
le Front National avait pris le pouvoir en France après de nouveaux
attentats et il s’exila au Maroc pour défendre la France Libre
. Mais
surtout, dans une de ces scènes cinématographiques délicieuses et
surréelles, on le voit faire entrer au Maroc le petit-fils d’un Sultan et
le film se termine par une cérémonie somptueuse où le Roi solaire
reçoit tout ce beau monde dans une pièce parfumée à la myrrhe,
gomme résineuse reconnue pour sa sensualité olfactive et pour
ses bienfaits dans les traitements médicaux. Je suis le nouveau Lyautey !
s’est alors exclamé Julien Tardif dans mon cabinet.
Julien Tardif est doctorant en sociologie de l'Université de Nice, Côte d'Azur sur le dialogue entre les métiers de la sureté et de la protection de l'enfance, approche comparée entre la France et le Maroc.