C’est peut-être un signe : Sébastien Boussois est né à Saint-
Germain-en-Laye (France) où fut signé en 1570 le fameux traité de
paix mettant fin aux guerres de religion. Il est lui-même docteur
en sciences politiques, consultant en politique internationale,
enseignant en relations internationales, ... et ses publications sur
ces thèmes parlent beaucoup de guerres et de paix notamment au
Proche-Orient. Sauf que je lui ai dit : Monsieur Boussois, j’aimerais
vous croquer comme si j’étais à Montmartre, et donc votre portrait
sera poétique même s’il est bien possible que la poésie vous donne de
l’urticaire au tibia.
Il m’a répondu : j’en suis ravi.
Il m’apparut donc
logique de me balader avec lui dans les rues de Mumbai en Inde et
en pleine nuit, sentir la chaude humidité sur nos corps, observer
les corbeaux terminer leur boulot, les rats faire l’amour en plein
air, et se demander en fin de compte ce que nous faisions là. Je lui
ai dit : Faites confiance au hasard, faites confiance à l’improbable,
faites confiance aux rêves, faites confiance à l’éphèbe pris la main au
panier.
J’avais envie de lui parler de ses photographies prises en pays
inconnus, de ses essais qu’il aime appeler essais et moi poèmes, de
son Maroc, de son curry, de ses révélations sur l’amour, de sa coupe
de cheveux. N’ayez pas peur, Monsieur Boussois, cette existence n’est
pas votre ennemie... car vous savez que la peur est juste le contraire
de l’amour.
Lassés par cette promenade nocturne et indienne, nous
décidâmes enfin de nous asseoir sur un banc dans un parc où des
joueurs de cricket aux balles et battes fluo lumineuses semblaient
jongler en pleine nuit. Le spectacle était magique mais c’était sans
compter l’apparition subjuguante d’un bouddha qui ne venait pas
de la banlieue et qui n’était ni d’encre ni de marbre. Il était, plus
maigre et plus beau qu’un vrai bouddha, il était là et nous regardait
d’un air qui mélangeait deux sensations : un zeste de mépris et un
bouillon énorme de génie. Le génie-bouddha regarde Sébastien
Boussois et lui dit sur un ton nerveux mais chaleureux : l’amour
c’est le rayonnement, le parfum qui se dégage quand on se connaît
soi-même, quand on est soi-même.
Il dit qu’il cite Osho. N’ayant lu
aucun livre de cet homme, que je croyais japonais (oui, je suis plutôt
ignare), je regarde Monsieur Boussois qui me fait un petit sourire
malicieux tout en disant : Qu’il est beau ce Bouddha, on dirait une
princesse tout en étant un monstre.
"
Et ne voilà-t-il pas qu’il se met
dans tous ses états, dont celui de l’amour" (je m’excuse d’avance
auprès de mes amis bouddhistes). Dans ce rêve, moins lugubre qu’il
n’y paraît, je me vois encore terminer la promenade en solitaire,
lisant les mots du dernier livre du poète croqué : être amoureux,
c’est se faire plaisir un peu à soi.. aimer, c’est rendre heureux l’autre
beaucoup
que j’avais recopié mille fois sur un mini post-it carré
fluo, lui aussi.
Sébastien Boussois est politologue, spécialiste des relations euro-arabes. De sa passion pour l'Orient, il en a puisé son inspiration littéraire. Du nord d'où il vient, il s'est nourri de nostalgie et mélancolie pour écrire du romanesque. Chercheur, enseignant, consultant, écrivain, auteur, il aime à multiplier les genres, les lieux, les personnes dans son quotidien, pour tenter de reconstituer son propre théâtre de la vie et grâce à ses lignes de main, guider sa plume sur les lignes de ses livres. Pour une variation de textes non moins originale.