Jérôme Bonnemaison, enfant, doux, vêtu d’un costume
traditionnel de danseur de schuhplattler
, est dans sa chambre
bleue, sur son lit, sous des couvertures de perles, des rêves
en forme de prières plein la tête, des livres sous son oreiller
ergonomique : « Le Grand Meaulnes », « En rencontrant Godot
», « Mes mille et une nuits à lire », « 1984 et demi », « Le frère
allemand », « Marrakech, désamour »
. Couché sur son côté
gauche en regardant la porte de la chambre grinçante, le cœur
de pierre, des chatons qui miaulent dans la rue, des lumières
inconnues, l’enfant est angoissé, il veut dormir habillé, prêt
au grand départ. Lorsque dans le rêve il est venu m’accueillir,
adulte, à la gare de Toulouse-Matabiau à l’aube de ce même
jour, j’étais épuisé par un long voyage nocturne. De Mapuetos
jusqu’à Tolosa
dans le sud-ouest de la France, défilement infini
de paysages obscurs, perdus, déroutant voyage mais enrichissant,
j’avais été fort étonné de l’acte psycho-magique qu’il m’offrit à
mon arrivée - en dansant des figures acrobatiques d’un oiseau
sombre au cou gris, polygame, blason du village d’Aubure,
qui loge normalement bien loin de la capitale du royaume des
Wisigoths - et ce en pleine gare face à des militaires canons,
en faction et en constante alerte pour rassurer tout le monde.
C’était ma première visite à Toulouse, j’aimais tout, c’était un
samedi, l’air goûtait les influences océaniques, déjà dans le train
je me demandais si ce ne serait pas mon ultime journée d’une vie
ensoleillée. Une voix de brasier, râpeuse et aiguë nous lance de
loin : ce sont les parfums de ta vie. J’ai cru d’abord reconnaître
Art Mengo, mais l’homme sans visage courait avec lenteur en
répétant « ce sont les parfums de ta vie »
. Jérôme Bonnemaison
me dit alors : Patrick Lowie, je suis très heureux de vous accueillir
dans cette ville. Mon déguisement d’aujourd’hui est un clin d’œil
à mon enfance. Beaucoup se joue dans la petite enfance.
Je lui
réponds que l’enfance ne devrait jamais disparaître en nous
d’autant que les rêves les plus marquants sont infantiles et nous
donnent toutes les clés pour notre avenir. Quand j’étais jeune
,
lui dis-je, j’aimais regarder l’aube pour dormir toute la journée.
J’aime la lumière de Toulouse. Je vous ai ramené de Mapuetos,
la pierre de soleil, celle qui favorise l’amitié et les rencontres,
celle qui apporte bonne humeur, qui purifie le sang,..un souvenir
de mon passage ici. Je suis venu pour mieux comprendre ce que
nous aurions pu perdre, vous et moi, dans le temps.
Jérôme
Bonnemaison, toujours enfant, vêtu en danseur de schuhplattler,
regarde la porte s’entrouvrir doucement. Derrière une lumière
orange apparaît, telle une menace, pas jaune ni rouge, orange.
Il ressentait en lui cette menace, une présence diabolique tapie
là derrière cette porte sans serrure. Puis un visage d’homme,
ce même visage sans visage de l’homme qui courait, cruel,
sarcastique,... Je me rends compte être l’homme en question,
surpris par cette révélation je pars à ma poursuite tapant des
pieds avec force et frappant des mains, des cuisses aux semelles,
en sifflotant et poussant des cris aigus d’allégresse.
Jérôme Bonnemaison est un col blanc en recherche de sens. Du ooup il se pose de tas de questions insondables, depuis qu'il a fui l'engagement. Il lui arrive fréquemment d'écrire dans ses blogs et, dans la Nouvelle Quinzaine littéraire. Il a publié un livre sur la petite enfance. S'il devait vivre une autre vie, il n'hésiterait pas une seconde : il deviendrait Marsupilami. Directeur de la Petite enfance de la mairie de Toulouse de 2010 à 2014, actuellement directeur territorial de la Protection judiciaire de la jeunesse (82-46-32), inspecteur des affaires sanitaires et sociales, formateur (EHESP, Toulouse Le Mirail, ENM, IRTS).